Les grandes découvertes d’Alexandre Yersin: portrait d’un microbiologiste natif du canton de Vaud

Médecin, microbiologiste, puis explorateur en Indochine, la vie d’Alexandre Yersin fascine. On lui doit des découvertes médicales majeures qui ont contribué à améliorer la santé humaine depuis le XIXe siècle.

Institut Pasteur à Nha Trang au Vietnam

Institut Pasteur à Nha Trang au Vietnam (Image: Vinhtantran/Wikimedia Commons)

L’enfance vaudoise et ses études de médecine

Alexandre Yersin naît le 22 septembre 1863 près d’Aubonne dans le canton de Vaud. Son père, professeur de sciences naturelles au Lycée de Morges, décède trois semaines avant sa naissance. Alexandre grandira entouré de l’affection maternelle tout en suivant les traces scientifiques de son père. Il entame des études de médecine à l’académie de Lausanne et en ressort diplômé en 1883. En 1884, il quitte la Suisse pour Marbourg et se rend finalement à Paris pour y terminer ses études. Il prend alors conscience que prodiguer des soins contre paiement va à l’encontre de ses convictions humanistes. Il abandonne la médecine clinique et se consacre à la recherche expérimentale.

Les premiers pas à l’Institut Pasteur

Alexandre Yersin (30 ans) en 1893

Alexandre Yersin (30 ans) en 1893 (Image: Pierre Petit/Wikipédia)

C’est à la faculté de médecine de Paris qu’il fait la rencontre du Dr Emile Roux, un médecin bactériologiste qui lui ouvrira les portes de l’Institut Pasteur. Alexandre Yersin entre à l’Institut à une époque bénie, pour les chercheurs, où la plupart des microbes responsables des maladies infectieuses restent à découvrir. Ses premiers travaux chez Pasteur portent sur la tuberculose, une maladie infectieuse causée par une bactérie appelée bacille de Koch. La tuberculose est une maladie très contagieuse qui attaque le plus souvent les poumons. Au XIXe siècle, la France est touchée par une épidémie de tuberculose particulièrement meurtrière. En 1888, Alexandre Yersin est le premier à éudier le développement de la tuberculose en utilisant l'expérimentation animale.

La même année il travaille sur la diphtérie, une maladie infectieuse causée par le bacille diphtérique. La maladie se manifeste par une angine et par la formation de fausses membranes qui obstruent les voies respiratoires. Alexandre Yersin et Emile Roux observent expérimentalement que le bacille se trouve en majorité au point d’injection alors que les effets de la maladie se manifestent dans des parties très distantes du foyer infectieux. Cette observation les mène à l’hypothèse d’un «poison» qui serait produit par les bactéries, puis véhiculé par la circulation sanguine pour atteindre tout l’organisme. C’est ainsi que les deux chercheurs découvrent la toxine diphtérique, la substance toxique qui provoque les symptômes de la maladie.

Yersin explorateur en Indochine: la découverte du bacille de la peste

Culture de bacilles de la peste dans un milieu nutritif contenant des globules rouges

Culture de bacilles de la peste dans un milieu nutritif contenant des globules rouges (Image: Department of Health and Human Services/Wikimedia Commons)

Malgré son succès à l’Institut Pasteur, Alexandre Yersin commence à s’y sentir à l’étroit. C’est l’époque des grands explorateurs et l’exposition universelle de Paris bat son plein. Alexandre se prend à rêver de voyages. En 1890 il signe un contrat avec une compagnie maritime pour être médecin embarqué en Indochine française. Une fois sur place, fasciné par l’Asie du sud, il accepte de partir en mission d’exploration dans les régions montagneuses de Cochinchine (l’actuel Vietnam) pour cartographier les affluents du fleuve Mékong. En 1893, alors installé dans un village de pêcheur nommé Nha Trang, une épidémie de peste bubonique éclate à Hong Kong. La peste bubonique est une maladie infectieuse qui se caractérise par une inflammation ganglionnaire (caractérisé par une prolifération localisée des cellules du système immunitaire) appelée bubon. C’est une maladie à propagation rapide, une épidémie de peste peut se déplacer de plusieurs kilomètres par jour. Le stade terminal de la peste est une infection généralisée de l’organisme avec un taux de mortalité variant entre 30% et 60%. En 1894, Alexandre Yersin est donc envoyé à Hong Kong par le ministère français des colonies pour étudier la nature du fléau et les conditions de propagation de la maladie. A son arrivée, plusieurs équipes de chercheurs sont sur le terrain, en concurrence pour la découverte du mystérieux agent infectieux responsable de la peste. Alexandre dispose de moyens rudimentaires mais il sera le premier à identifier la bactérie à l’origine de la peste: le bacille de Yersin. Il décrit le bacille comme «un bacille, court, trapu, à bouts arrondis, se colorant mal selon la méthode de Gram… qu’on retrouve en très grande quantité dans tous les bubons». Yersin découvre également que les rongeurs sont la source de transmission de la maladie à l’homme. Mais c’est un autre chercheur, Paul-Louis Simond qui identifiera le vecteur de la maladie: la puce du rat.

Yersin microbiologiste-agronome: sa vie à Nha Trang

En 1895, Alexandre Yersin retourne à Nha Trang pour continuer ses travaux sur la peste, il assurera la direction de l’Institut Pasteur de Nha Trang fondé la même année. Ce complexe comprend une ferme d’élevage de bovins qui sont destinés à produire du sérum anti-pesteux. Le sérum est la fraction liquide du sang, dans laquelle s’accumulent les anticorps anti-pesteux après vaccination. Pour faire face à la demande croissante de sérum, il doit trouver des fonds pour agrandir les installations. Il décide de planter de l’hévéa (exploité pour la production de latex) et de l’arbre quinquina (duquel est extraite la quinine, une molécule utilisée pour soigner le paludisme). Passionné de technique, il améliore sans cesse la productivité de son exploitation et ses essais de croisements bovins permettent d’augmenter significativement le rendement de la production de sérum.

Loin de l’Europe en guerre, Alexandre Yersin s’éteint le 28 février 1943 dans sa maison de Nha Trang, des suites d’un infarctus. A Nha Trang, où se trouve sa sépulture, il est célébré comme un bienfaiteur de l’humanité, plusieurs rues portent son nom et un musée lui est consacré.

La peste de nos jours

En Suisse aucun cas de peste humaine n’a été déclaré ces 30 dernières années mais la peste reste présente dans d’autres régions du monde. En 2013, 783 cas de peste humaine ont été enregistrés causant 126 décès. Les trois principaux pays touchés sont Madagascar, la République démocratique du Congo et le Pérou. Dans la liste des pays industrialisés, les Etats-Unis sont en première position avec 15 cas de peste humaine déclarés en 2015. La peste peut être traitée par des antibiotiques et les décès enregistrés sont dus au manque d’accès aux traitements ou à des erreurs de diagnostic.

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