Acouphènes: ces bruits qui n’existent pas

Bourdonnements, grésillements, cliquetis, bruits d’aspirateur ou d’eau qui coule. D’où viennent ces bruits fantômes? Les acouphènes ne sont pas une maladie. Leurs causes sont multiples mais, dans la majorité des cas, ils sont symptomatiques d’une détérioration de l’ouïe.

Un homme se bouchant les oreilles à cause du bruit

Se boucher les oreilles n’aide pas quand on souffre d’acouphène, le bruit ne vient pas de l’extérieur. (Image: deandrobot/CanStockPhoto)

Chacun son acouphène

Les acouphènes sont des bruits parasites qui se manifestent en absence de toute stimulation sonore extérieure. Souvent décrits comme des sifflements, ils peuvent aussi être perçus comme des bourdonnements, des grésillements, des cliquetis, ou comme des bruits d’aspirateur. La perception d’acouphènes varie d’une personne à l’autre. Ils peuvent être légers, sonores, plus ou moins graves ou aigus et résonner dans une seule ou deux oreilles.

Les acouphènes sont le deuxième trouble auditif le plus répandu après la surdité. En Suisse, environ 40 % de la population a souffert d’acouphènes de courte durée au moins une fois dans sa vie. Ces acouphènes dits transitoires cessent spontanément après quelques minutes ou quelques heures. Il existe des cas plus graves où le bruit est perçu de manière permanente. Ce sont les acouphènes chroniques. Ces acouphènes occasionnent une gêne très importante et détériorent considérablement la qualité de vie des personnes touchées. En Suisse, 20% de la population souffre d’acouphènes chroniques.

Cellules ciliées de l’oreille interne humaine

Cellules ciliées de l’oreille interne humaine vues au microscope électronique (couleurs ajoutées). (Image: Julia R. Barrett/Wikimedia Commons, Licence CC)

Des causes variées

L’oreille interne est tapissée de milliers de cellules auditives qui peuvent être endommagées par une trop forte intensité sonore. Dans la majorité des cas, l’acouphène survient après une exposition à un niveau sonore trop élevé. La deuxième cause d’acouphènes est liée au vieillissement des parties de l’oreille interne et survient chez les personnes âgées. La prise régulière de certains médicaments peut également provoquer des acouphènes. Les otites à répétition, les lésions du nerf auditif, et certaines maladies de l’oreille sont aussi des facteurs à risque pour le déclenchement d’acouphènes.

 

Un décalage entre l’oreille et le cerveau

Schéma de l'oreille externe, moyenne et interne de l’être humain

Schéma de l'oreille externe, moyenne et interne de l’être humain. (Illustration: Chittka L, Brockmann/Wikimedia Commons, Licence CC, légende ajoutée par la rédaction)

On a longtemps pensé que les acouphènes étaient uniquement liés à un dysfonctionnement de l’oreille interne. Mais les études récentes démontrent qu’ils ont également une origine cérébrale. Les acouphènes seraient la conséquence des remaniements que le cerveau met en place pour compenser une perte auditive. Lorsque les cellules auditives sont abîmées, le cerveau s’adapte en augmentant la transmission auditive. C’est cette amplification nerveuse qui produit le signal sonore de l’acouphène.

Les traitements

Comme les acouphènes ont des origines très diverses, ils sont très difficiles à traiter et il n’existe pas de traitement médical spécifique. Dans certains cas, on prescrit des vasodilatateurs pour rétablir la circulation sanguine dans l’oreille interne ou des médicaments contre l’anxiété pour augmenter la tolérance à l’acouphène en minimisant la charge émotionnelle liée. Malheureusement, ces traitements ne sont pas toujours efficaces et provoquent des effets secondaires importants. On tente aussi aujourd’hui des thérapies alternatives qui «rééduquent» le cerveau des patients par des techniques de relaxation et de diversion. Grâce à elles, les patients ignorent peu à peu le bruit des acouphènes et reprennent le contrôle sur leurs perceptions auditives.

Une génération surexposée

Dans les transports, dans la rue, à l’école et parfois même dans le lit avant de s’endormir; les écouteurs et les casques nous accompagnent partout. Une étude démontre que leur utilisation répétée favorise les acouphènes. A 100 décibels (dB), un bruit est considéré comme dangereux après une exposition de plus de 10 minutes. Aujourd’hui, 20% des jeunes de 18 à 24 ans disent écouter de la musique plus de 5 heures par jour à un niveau sonore supérieur à 100 dB!

Préserver son ouïe ou écouter sa musique préférée: faut-il choisir?

En principe, la loi impose une limite sonore de 100 dB aux fabricants de systèmes de sonorisation (lecteurs mp3, smartphones, etc.). Mais ce niveau sonore est suffisamment élevé pour provoquer des lésions. La qualité du son peut être améliorée sur certains smartphones sans augmenter le volume. Ils sont équipés d'une fonction qui permet de choisir le mode «diffusion en haute qualité» dans l’onglet données cellulaires. D’une manière générale, il est aussi préférable de privilégier les casques aux écouteurs. En effet, les écouteurs diffusent le son directement dans le conduit auditif. Certains casques disposent d’un réducteur de bruit qui coupe les bruits environnementaux et il est donc possible d’obtenir une sensation sonore de très bonne qualité sans avoir à augmenter le volume.

Sortons couverts

Porter des bouchons d’oreilles à un concert: est-ce paradoxal? Les personnes qui travaillent dans des scieries, et qui sont exposées à une intensité sonore de 95 dB, doivent porter des protections auditives pour travailler. Dans un concert où l’intensité sonore peut atteindre les 110 dB, il semble également logique de se protéger contre le bruit. Si la musique de Henry Purcell et de Rihanna sont infiniment plus agréables pour l’âme que ne l’est le bruit d’une scie circulaire, à trop forte intensité, leurs conséquences sur l’oreille peuvent être identiques.

Echelle de décibels et risques associés

Échelle de décibels et risques associés. (Illustration: Rédaction SimplyScience.ch)

L’échelle du bruit: les décibels

Le décibel est l’unité de grandeur utilisée en acoustique pour mesurer le niveau sonore. L’échelle des décibels suit une progression logarithmique, c’est-à-dire que pour multiplier une intensité sonore par deux il faut ajouter trois décibels. Ainsi, si un scooter a une intensité de 90 dB, deux scooters auront une intensité de 93 dB, quatre scooters auront une intensité de 96 dB et ainsi de suite. Le tableau ci-contre donne un ordre de grandeur des dB générés par différentes situations.

(Sources: voyage au centre de l'audition, échelle de bruit de la ville de Genève et les niveaux sonores )


Texte: Rédaction SimplyScience.ch

Sources:
Acouphène: ce bruit qui rend fou. Emission RTS 36.9° du 17.09.2008.
Oublier les acouphènes, c’est possible. Sylvie Logean. Le Temps, 06.03.2018.
Acouphènes: les jeunes sont particulièrement touchés. Anne Prigent. Figaro santé, 06.03.2018.
Underlying mechanisms of tinnitus: review and clinical implications. Henry JA et al. Journal of the American Academy of Audiology, 2014.
Evaluation of vardenafil for the treatment of subjective tinnitus: a controlled pilot study. Birgit Mazurek et al. Journal of Negative Results in Biomedicine. 2009.
C’est pas sorcier: Le bruit. 1997