Une agriculture plus respectueuse du climat

Nous ne pourrions pas vivre sans les produits de l’agriculture. Pourtant l’élevage de bétail est l’un des principaux responsables des émissions de gaz à effet de serre. Des scientifiques examinent les flux gazeux chez les vaches dans le cadre d’un essai en champ.

Des vaches participant à l'étude sur les gaz à effet de serre paissent dans le champs

Ces vaches participent à l'étude sur la production de gaz à effet de serre par les animaux d'élevage. Leur position est enregistrée toutes les cinq secondes via un GPS placé sur le licou. (Image: Agroscope Liebefeld-Posieux)

Les gaz d’échappement, les centrales électriques au charbon et le défrichage de la forêt vierge nuisent à l’environnement. Mais l’élevage d’animaux pour la production de lait et de viande libère également des quantités considérables de gaz nocifs comme le protoxyde d'azote (N2O), le dioxyde de carbone (CO2) et le méthane (CH4). Le secteur agricole serait responsable de 13,5 pour cent des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Son impact sur le changement climatique est aussi important que celui de tous les avions, voitures et autres moyens de transport réunis.

Essai en champ pour des valeurs d’émission plus précises

Les mesures des gaz à effet de serre agricoles sont répertoriées dans des inventaires d’émissions. Ces valeurs ne correspondent pas exactement aux émissions réelles, car elles reposent sur des mesures relevées sur différents animaux et des simulations de flux de substances. Pour obtenir des valeurs plus proches de la réalité, la station de recherche nationale Agroscope de Posieux réalise, avec le soutien financier du Fonds national suisse, un premier essai en champ destiné à mesurer les gaz à effet de serre produits par les vaches. Cet essai vise à déterminer la part que représentent les vaches dans le flux global de dioxyde de carbone et de méthane sur un pâturage, ainsi que le moyen de la mesurer. Le centre de recherche de Posieux est l’endroit idéal pour effectuer ce type d’essai. Plus de cent collaborateurs étudient, dans des étables, des laboratoires et des bureaux, l’alimentation animale, la production de lait et de viande et les questions relatives à la sécurité alimentaire. 85 vaches laitières, plus de 600 porcs et 20 moutons sont installés dans les étables du centre de recherche. La zone de sortie leur donne accès à leurs pâturages.

Dix millions de points de données par jour

les flux de méthane et de CO2 produits par les vaches et l’herbage sont constamment mesurés et évalués.

Schéma de la conception de l’essai: les flux de méthane et de CO2 produits par les vaches et l’herbage sont constamment mesurés et évalués. (Graphique: Agroscope Liebefeld-Posieux)

Dans le cadre de l’essai, les scientifiques ont équipé 20 vaches laitières d’un licou de mesure doté de capteurs dont un GPS qui saisit la position et les mouvements des vaches toutes les cinq secondes. Grâce aux capteurs placés vers la gueule, on sait en outre si la vache mange, rumine ou boit. Ce point est primordial, car pour déterminer la quantité de gaz réellement émise par les animaux, les chercheurs doivent connaître la position des vaches, mais également leur activité aux différentes heures de la journée. Les vaches ne sont pas les seules à produire du gaz à effet de serre; l’herbe qui se fane dégage aussi du CO2 via les biomatériaux en décomposition. Les végétaux, quant à eux, absorbent en permanence le CO2 pour la photosynthèse. Voilà qui complique considérablement les mesures de l’essai dans le champ. Pour que les émissions des animaux puissent être séparées plus tard des émissions et absorptions de gaz à effet de serre des pâturages, une tour de mesure placée dans le champ enregistre tous les flux de gaz sur une surface de 1000 m². Les chercheurs recueillent plus de dix millions de points de données par jour.

Manger moins de viande

Les valeurs traitées doivent permettre d’améliorer les inventaires d’émissions et aider les chercheurs et les agriculteurs à réduire efficacement les gaz à effet de serre émis par les exploitations. Le physicien d’Agroscope, Albrecht Neftel, insiste toutefois: «Les adaptations possibles sur le terrain ne suffisent pas: pour réduire les gaz à effet de serre agricoles, il faut d’abord manger moins de viande.»

La production de méthane des vaches

Le méthane (CH4) est 25 fois plus nocif pour l’environnement que le dioxyde de carbone (CO2) et est surtout produit par le secteur agricole. L’élevage d’animaux pour la production de lait et de viande en Suisse est la principale cause des émissions de méthane: les vaches sont des ruminants et peuvent, contrairement à l’être humain, «digérer» l’herbe et même la paille grâce aux milliards de bactéries qui peuplent leur panse, l’un de leurs quatre estomacs. La digestion entraîne la production de méthane et de dioxyde de carbone, des gaz que les vaches libèrent dans l’environnement. Une vache avec une capacité laitière de 10 000 litres par an produit jusqu’à 155 kg de méthane chaque année, ce qui correspond à l’impact sur l’environnement de 3875 kg de CO2. Cette quantité de CO2 est égale à celle émise par une voiture moderne qui parcourrait 38 750 kilomètres.

Texte: SATW / Samuel Schläfli
Source: Article publié dans Technoscope 3/13: Technique agricole.
Technoscope est le magazine de la technique pour les jeunes de la SATW.

Tu trouveras d'autres articles de ce numéro de Technoscope dans le dossier «Technique agricole» sur SimplyScience.ch.

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