Pas d'économies sans consommateurs conscients

Les possibilités d’économies d’énergie ainsi que les informations à ce sujet sont nombreuses. Pourtant, aucune diminution de la consommation énergétique dans les ménages n’est observée. Des chercheurs tentent de comprendre les mécanismes du comportement des consommateurs.

thermostat (Image: © Peter Gudella / shutterstock.com)

Chauffer moins pour réduire la consommation d’énergie. Seule une minorité y consent. (Image: Peter Gudella/shutterstock.com)

Sans énergie, impossible de prendre le train ou la voiture, de chauffer notre maison en hiver ou de nous éclairer. Nos aliments ont également besoin d’énergie. La production d’un morceau de viande, par exemple, requiert plus d’énergie que celle d’une tomate. Les ménages privés représentent, avec leurs activités quotidiennes, environ 30 pour cent de la consommation énergétique mondiale. Le potentiel d’économie est énorme et selon la Confédération, les ménages suisses devront économiser au cours des 20 prochaines années jusqu’à 35 pour cent de leur consommation énergétique annuelle par rapport à celle de 2000.

Compteur d'énergie (Image © Sinisa Botas / shutterstock.com)

Celui qui fait attention à sa consommation d’énergie fait aussi des économies. (Image: Sinisa Botas/shutterstock.com)

Économiser là où cela fait le moins mal

Le sociologue Michael Siegrist a cherché à savoir dans quelles conditions les consommateurs sont prêts à économiser de l’énergie de leur propre initiative. Son groupe de recherche établi à l’ETH Zurich a demandé à plus de mille citoyens suisses s’ils économisaient de l’énergie et comment, et quelle était leur motivation. «L’étude montre qu’un tiers seulement de la population suisse est prêt à changer de comportement et donc à réduire sa consommation d’énergie», explique Siegrist. Bien que la disposition à économiser et les motivations soient très différentes, de nettes tendances se dessinent: «La plupart des gens sont prêt à économiser de l’énergie là où leur confort sera le moins touché», explique Siegrist. Les chercheurs distinguent les actions uniques à court terme comme l’achat d’un appareil à faible consommation d’énergie, et les changements de comportement à long terme, tels qu’une diminution du chauffage dans les pièces moins fréquentées.

batteur électrique (Image © Thomas Bethge / shutterstock.com)

Il faut également vérifier la consommation des appareils ménagers. (Image: Thomas Bethge/shutterstock.com)

Il est en outre apparu que pour la majorité des personnes, le prix était le principal moteur des décisions éconergétiques. Plus le gaspillage d’énergie coûte cher et plus l’attrait de l’épargne est important. Il en va autrement pour un cinquième des personnes interrogées. Celles-ci ne s’intéressent pas aux questions énergétiques et ne s’estiment pas responsables des conséquences négatives éventuelles de leur comportement pour la société.

Le salaire élevé en tant que moteur de consommation énergétique

D’après l’étude, les personnes interrogées les plus favorables à une gestion économique de l’énergie sont celles qui connaissent le mieux les thèmes énergétiques. Celles-ci sont plutôt disposées à s’imposer des restrictions. Mais pour Siegrist, meilleure connaissance ne rime pas forcément avec baisse de la consommation. «Les revenus sont le principal moteur de consommation», explique-t-il. Celui qui peut se le permettre vit dans une plus grande maison, mange plus de viande et conduit une plus grosse voiture. Et il a souvent un bon niveau de formation.

Le consommateur remarque-t-il les informations sur la consommation énergétique? L’«Eyetracker» nous en dit plus. (Image: SATW/Franz Meier)

Le consommateur remarque-t-il les informations sur la consommation énergétique? L’«Eyetracker» nous en dit plus. (Image: SATW/Franz Meier)

Tous les secrets du consommateur n’ont pas été dévoilés: des études sur l’effet des informations supplémentaires permettraient de mieux comprendre son comportement. En Suisse, des étiquettes énergétiques apposées sur les appareils électriques ou les voitures indiquent quels sont les produits les moins énergivores. Siegrist réalise un nouveau projet de recherche pour la Confédération. L’«Eyetracking», qui utilise des lunettes capables d’enregistrer les mouvements oculaires, permet d’évaluer le temps que le consommateur consacre aux informations sur l’efficacité énergétique. Siegrist se risque à un pronostic: «L’effet est probablement surestimé.»

«Effet Rebound»: économisé, puis directement réutilisé

Au début du 20e siècle, l’ampoule tungstène, dont la consommation électrique équivaut à un quart de celle des lampes en fibre de carbone, fait son apparition. Voilà qui inquiète les centrales électriques: ne vendront-elles bientôt plus qu’un quart de leur production et verront-elles leurs profits baisser? Et bien non: la lampe Wolfram est lancée sur le marché de masse et même si l’éclairage nécessite moins d’électricité, la consommation de courant explose. Aujourd’hui, c’est pareil: avec les nouvelles technologies plus éconergétiques, il arrive souvent que les économies d’énergie soient compensées entièrement ou partiellement par une consommation plus élevée. Cela s’explique par les coûts en baisse: comme la même prestation (éclairage dans le séjour par ex.) nécessite moins d’électricité, elle est moins chère et donc nettement plus demandée.

Texte: SATW/Samuel Schläfli
Source: Technoscope 1/13: L'énergie au quotidien.
Technoscope est le magazine de la technique pour les jeunes de la SATW.

Tu trouveras d'autres articles de ce numéro de Technoscope dans le dossier "L'énergie au quotidien" sur SimplyScience.ch.

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