Globine et Poïétine sur la piste de la moelle rouge (7)

Lili a bientôt 10 ans et souffre d'anémie. Le médecin lui prescrit un médicament appelé (érythro)Poïétine. Cette substance stimule la moelle osseuse à produire de nouveaux globules rouges. Mais à cause de l'impatience de Lili, Poïétine se retrouve sur le mauvais chemin. Poïétine doit entreprendre un nouveau voyage avec Globine pour arriver à son but.

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Episode 7: La peau

Globine, Poïétine et Orexine

«Globine et Poïétine sur la piste de la moelle rouge», conte scientifique. (Texte et illustrations: Vivienne Baillie Gerritsen et Sylvie Déthiollaz, Swiss-Prot Group, Swiss Institute of Bioinformatics)

Elles réussissent avec peine à s’agripper à un globule rouge, s’assoient dessus tant bien que mal, puis se laissent à nouveau porter par le courant.
«Alors?» lance Globine.
«Alors quoi?» demande Poïétine.
«Ben que penses-tu de ce moyen de transport? Plutôt confortable non?»
«Je suppose que oui… euh… j’ai un peu le mal de globule…»
«Faut juste que tu t’y habitues.» Globine s’étire et se détend. «Confortable aussi… rajoute-t-elle en bâillant. Un petit somme? Hein?»
Poïétine, toujours pâle, hoche la tête docilement.
«Attention Globine!» hurle Poïétine.
«Quoi?!»

Leur globule approche à vive allure d’un embranchement en forme de Y d’où part un petit vaisseau secondaire. BAMMM!!! Et avant que les deux copines n’aient le temps de comprendre ce qui leur arrive, leur embarcation percute de plein fouet l’embranchement. Globine réussit à se cramponner au globule, tandis que Poïétine est éjectée sur la gauche. Happée par un tourbillon, elle disparaît quelques instants avant de réapparaître un peu plus loin dans le petit vaisseau, emportée par le courant. Globine – toujours sur le globule – s’est quant à elle engagée dans le vaisseau principal. Paniquée, elle se met à courir en arrière – sautant de globule en globule – pour retourner là où Poïétine a disparu. Essoufflée, elle arrive au niveau de l’embranchement où règne un fort courant. Au prix d’un effort surprotéine, elle réussit à se hisser de l’autre côté et se laisse emporter à son tour dans le petit vaisseau.

Un bruit – témoignant d’une grande effervescence – se fait entendre au loin. «Oh… pense Globine, … ça ne me dit rien qui vaille.» Elle entend ensuite la voix de Poïétine: «Par ici! Je suis là!» Puis elle l’aperçoit dans une lumière aveuglante.
«C’est bien ce que je pensais, il y a des travaux en cours par ici.» dit Globine tout en rejoignant Poïétine. Cette dernière est assise sur quelque chose d’un peu mou et rose. Sous ses pieds s’ouvre une sorte de crevasse et autour d’elle s’élèvent ce qui ressemble à des milliers d’arbres qui se balancent dans une petite brise.
«Regarde comme c’est beau Globine», s’exclame Poïétine émerveillée.
«Ouaip… Y a une brise froide aussi… Mais vaudrait mieux pas traîner ici», rétorque Globine.
«Ah? Pourqu…» Poïétine est interrompue par une voix menaçante qui se fait entendre derrière elles.
«Bougez-vous d’là vous deux! Ce n’est pas une aire de repos ici! C’est un chantier. On est en pleins travaux.»
«Qui…?» chuchote Poïétine effrayée.

Collagène

«Tais-toi et cours! siffle Globine. Y a pas de temps pour des questions!» Poïétine, figée de peur, reste immobile. Un géant, de trois fois leur taille, fond sur elles à grands pas. «Bouge-toi Poétine! s’époumone Globine. C’est Collagène! Et il a très très très mauvais caractère celui-là.»
«Mais pourquoi ? demande Poïétine. On le gêne?»
«Ben plutôt… T’as pas encore compris? Nous sommes au bord d’une plaie!» Poïétine bondit sur ses pieds. Dégoûtée. «C’est pour ça qu’il y a cette lumière. On est à l’extérieur!!»
«Ouah… Cool…»
«Ouais cool peut-être… mais c’est dangereux…» explique Globine.
«Et ces pylônes là, c’est quoi?» s’informe Poïétine, ignorant toujours les mises en garde de Globine.
«C’est pas des pylônes… c’est des poils. Et ça…» Globine caresse le coussin tout souple sur lequel elles sont assises. «… c’est la peau.»
«Oooooh… C’est doux… J’aimerais bien être faite de peau moi aussi,» soupire Poïétine.
«C’est doux parce que c’est la peau de Lili. Toutes les peaux ne sont pas douces comme la sienne».
«Oh?»
«Non.»
«Qui a une peau moins douce alors?»
«Un éléphant par exemple. Ou même la maman de Lili. Plus tu vieillis, moins ta peau est douce. Et ne mentionnons pas les rides…»
«Les rides?»
«Ouais. Les rides. C’est comme des tranchées qui sillonnent la peau. Ne te perds jamais dans une ride Poïétine, tu n’en sortiras jamais.»
«Je vois…» Poïétine ne voit rien du tout. «Et Collagène alors? Qu’est-ce qu’il fait ici?»
«Eh bien c’est grâce à Collagène que la peau de Lili est forte et résistante. Lorsqu’un trou se forme dans sa peau…»
«Un trou? Pourquoi ferait-elle un trou dans sa peau?»
«Elle ne le fait pas exprès! Mais lorsqu’elle tombe de son vélo et s’écorche le genou par exemple, il se forme une blessure qu’il faut vite réparer.»
«Pourquoi?»
Globine lève les yeux au ciel: «Si la blessure n’est pas réparée, trop de sang en coulera.»
«Ah… Alors la peau de Lili est là pour éviter que le sang sorte?»
«Pas seulement… La peau évite de laisser entrer des petites bêtes, comme les bactéries qui adorent infecter le sang. Et des bactéries, il y en a des milliers qui vivent sur la peau!»
«Beurck!»
«Tant qu’elles restent à l’extérieur ce n’est pas grave, mais si elles pénètrent dans le corps, Lili peut tomber très malade. C’est pour ça qu’il faut fermer le trou aussi rapidement que possible.»
«Je vois…» Poïétine lève la tête. «Je vois aussi Collagène…» Le géant est arrivé à leur hauteur.

«Allez oust, du balai vous deux! A moins que vous ne vouliez vous retrouver figées sur place!» tonne Collagène d’une voix bourrue.
«Oh non! Par la grâce d’une protéine! Non!» hurle Globine brusquement horrifiée. Elle se lève aussitôt et tire précipitamment Poïétine par le bras. «Allons-nous en vite Poïétine ou alors nous serons prises dans une croûte!»
«Je sais que ce n’est peut-être pas le bon moment de demander…» chuchote Poïétine.
«Demander quoi!!!» s’impatiente d’un ton brusque Globine.
«Demander à Collagène le chemin qui nous amènerait au cerveau de Lili…»
Globine se tourne vers Collagène: «Aide-nous Collagène! S’il te plaît!» Collagène soulève les deux protéines et les propulse puissamment dans un autre vaisseau sanguin.
«Ouf! On a eu chaud! Il s’en est fallu de peu pour que nous nous soyons retrouvées prisonnières!» souffle Globine en s’essuyant le front.
«Comment ça? Je ne comprends pas, demande Poïétine.
«Y a-t-il seulement quelque chose que tu comprennes Poïétine?» gémit Globine. «Est-ce qu’on t’a appris quelque chose dans ta vie?»
«Oui. Mais pas ce qu’on t’a appris. C’est tout», rétorque Poïétine vexée.
«C’est vrai ce que tu viens de dire…» dit pensivement Globine. «Et bien vois-tu, lorsqu’il y a une blessure dans la peau, non seulement faut-il que la peau guérisse mais il faut aussi que le sang coagule rapidement sinon Lili en perdrait beaucoup trop.»
«Et ça veut dire quoi cogule?
«Pas ‘cogule’ bécasse… ‘coagule’… C’est quand le sang devient dur et forme une sorte de bouchon. De cette manière, le sang ne peut plus sortir par la blessure.»
«Et comment est-ce que le sang… ca… gole…? »
«La coagulation, c’est comme un immense filet qui se forme dans le sang, et qui attrape tous les globules rouges.»
«Et il sort d’où ce filet?»
«Oh, c’est Fibrine qui tisse les filets. Et si nous étions restées là-bas, nous aussi nous aurions été prises dans les mailles.»
«Et nous n’aurions jamais réussi à nous en échapper!»
«Non. Jamais.» Globine, devenue soudainement silencieuse, laisse passer quelques instants. «Ça donne la chair de poule, non?»
«Poulpe?» répète Poïétine.
«Oh, t’occupes» poursuit Globine irritée.

«Dis-donc, quelle aventure… Tu crois qu’on y arrivera Globine?» s’inquiète Poïétine qui commence à perdre confiance.
«Je sais pas» répond Globine un peu défaite. «Nous n’avons même pas eu le temps de demander à Collagène le chemin de la moelle osseuse.»
«Alors nous allons où maintenant?» murmure Poïétine.
«Si nous continuons dans cette direction, dit Globine,… nous devrions bientôt arriver dans le cerveau de Lili. Là-bas, on devrait pouvoir nous renseigner. C’est tout de même le meilleur centre d’information.»
Poïétine acquiesce et les deux protéines reprennent leur chemin en direction du cerveau, pensives et silencieuses.

 


Texte et illustrations: Vivienne Baillie Gerritsen et Sylvie Déthiollaz (Swiss-Prot Group, Swiss Institute of Bioinformatics)
Titre original: «Globine et Poïétine sur la piste de la moelle rouge»
La version allemande en ligne a été retravaillée par Redaktion SimplyScience.ch

© 2003 Vivienne Baillie Gerritsen, Sylvie Déthiollaz, Swiss-Prot Group, Swiss Institute of Bioinformatics
ISBN 2-9700405-2-2

L'histoire est disponible en français et anglais chez Lulu.com.

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