Un programme pour susciter des vocations scientifiques

Une école du secondaire II au Brésil a mis en place un programme de vocations scientifiques, qui a inspiré un enseignant neuchâtelois. Depuis 2010, Jacques Ducommun aide les jeunes à trouver un laboratoire pour réaliser leur travail de maturité in situ. En 2013, deux lycéennes sont parties compléter leur stage de parasitologie à l’Université de Neuchâtel par un séjour au Brésil avec ce programme. Elles racontent leur expérience dans les articles «Dans les labos et les favelas de Rio» et «Un centre de recherches pour les défavorisés».

Cette école de niveau lycée ou gymnase accueille des jeunes qui se destinent aux métiers de la santé
L’Ecole polytechnique de Santé Joachim Venâncio (EPSJV) à Rio de Janeiro, qui a invité les deux lycéennes neuchâteloises à effectuer un stage de parasitologie au sein de la Fiocruz. (Image: © Jacques Ducommun)

Origines de la démarche

Dès les années 80, des chercheurs brésiliens sentent le besoin d’inciter les adolescents à découvrir le monde académique. La Fiocruz (voir encadré), par son Ecole Polytechnique de Santé (EPSJV), propose un PROgramme de VOCations scientifiques (PROVOC) qui remporte un grand succès. Il s’agit de placer des lycéen-ne-s (ndlr : appelés aussi gymnsasien-ne-s ou collégien-ne-s en Suisse) dans des laboratoires universitaires pour expérimenter la recherche de l’intérieur et sur le long terme. Le but est de permettre aux jeunes de faire véritablement de la science, stimulant par là-même de futures vocations. On espère du même coup favoriser l’accès des jeunes filles aux laboratoires.

Transposition du programme en Suisse

Participation au programme PROVOC

Nombre, et pourcentage du total, d’élèves du secondaire II ayant participé au programme PROVOC suisse entre 2010 et 2013 selon le domaine. (Tableau: © Jacques Ducommun)

Découvrant ce concept en 2006, l’auteur de ces lignes en a fait une transposition en Suisse romande (Neuchâtel) quatre ans plus tard. Le système suisse prévoit un stage de six mois à l’université (ou dans des laboratoires de niveau équivalent). La fréquence est d’une demi-journée par semaine, le tout devant se dérouler en lieu et place du travail de maturité demandé aux élèves depuis 1998 en Suisse. Depuis 2010, 51 élèves ont profité du système à Neuchâtel. Ils se sont répartis ainsi dans différents domaines (tableau ci-contre). Il est réjouissant de constater que les lycéennes représentent la majorité des élèves concernés  (75 %, soit 38 filles sur 51). Pas besoin donc de leur réserver une place, elles s’inscrivent en masse, devançant les garçons d’une bonne longueur!

 

 

Echanges nationaux et internationaux

Dès le départ, il a semblé judicieux de favoriser les contacts avec des équipes de chercheurs hors canton de Neuchâtel. Des contacts ont été établis avec diverses universités suisses (Lausanne, Genève) et française (LOCIE en Savoie) pour proposer des stages ou des journées d’activités pratiques aux élèves. Au printemps 2011, une élève PROVOC a été invitée durant deux semaines à accompagner sur le terrain une équipe de parasitologistes en Afrique du Sud, inaugurant ainsi avec succès une dimension internationale pour le projet.

Retour au Brésil

L'équipe qui a pris part au premier échange entre la Suisse et le Brésil dans le cadre du programme PROVOC.

Jacques Ducommun, les lycéennes Beatriz Esteves et Ariadna Lemos de Oliveira, et Cristina Araripe (de gauche à droite) dans le pavillon mauresque de la FIOCRUZ (Image: © J. Ducommun)

En 2013, la question s’est posée d’un retour aux sources… Le PROVOC version suisse, avec ses particularités, pouvait gagner à un contact étroit avec la «maison mère» de Rio. Très vite, deux étudiantes neuchâteloises se sont profilées pour ce voyage grâce à leur enthousiasme et à leur maîtrise de la langue portugaise. Il a été décidé de les placer un mois (durée minimum à notre sens pour un «bain de science») dans un laboratoire de la FIOCRUZ. L’une des responsables du projet au Brésil (Cristina Araripe) a organisé le stage dans des laboratoires de parasitologie et a trouvé une famille d’accueil pour les jeunes filles.

En Suisse, la recherche de subsides a été laborieuse. Finalement, la Fondation SimplyScience nous a généreusement alloué les fonds pour soutenir les deux tiers du projet. La HEP-BEJUNE et le lycée Jean-Piaget ont financé le reste des dépenses. Cela nous a permis de partir au Brésil le cœur léger… avec cependant une petite angoisse de ne pas pouvoir assurer un risque zéro pour les lycéennes dans une ville pas toujours très sûre!

Le début d’une collaboration?

Le projet a été finalement un grand succès, grâce aux collègues et chercheurs brésiliens, à l’engagement de Cristina Araripe, à la famille d’accueil où ont logé les deux lycéennes, aux sponsors, et aux lycéennes elles-mêmes qui par leur enthousiasme, leur sérieux et leur sourire ont été de fidèles ambassadrices du PROVOC suisse retourné dans le berceau de ses origines! Le séjour à Rio a donc été un franc succès à tous points de vue. Souhaitons donc que ce voyage ne soit que le premier volet d’une future collaboration nord-sud qui complète celles déjà existantes.

La Fondation Oswaldo Cruz (Fiocruz)

L’activité de cette fondation est essentiellement tournée vers la recherche biomédicale (vaccins, médicaments contre différentes maladies tropicales). Cette Institution est un peu l’équivalent brésilien de l’Institut Pasteur de Paris, avec lequel elle collabore d’ailleurs de façon régulière. Un des grands intérêts de la Fiocruz, dans le cadre du programme PROVOC, est l’intégration qui y est faite entre recherche fondamentale, appliquée et éducation. Implantée dans les favelas de la «Zona Norte» (zone la plus défavorisée de Rio de Janeiro), elle se préoccupe aussi d’éducation à la santé en lien avec les populations des favelas avoisinantes.

Pour en savoir plus sur cette institution, voir son site internet (en anglais, espagnol ou portugais).

Texte: Jacques Ducommun, Dr ès sciences, Prof. HEP-BEJUNE (Haute école pédagogique Berne-Jura-Neuchâtel)

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